93 liens privés
Surprise !
En réalité, cette version du « ruissellement » est la traduction fiscale de la politique de l’offre en faveur du capital. L’idée centrale est que l’offre productive dépend de l’investissement de l’épargne des plus fortunés. Les riches, ayant plus de capitaux qu’ils n’en ont besoin pour vivre, y compris dans l’abondance luxueuse qui est la leur, vont placer leur surplus dans l’économie et apporter ainsi le carburant nécessaire au financement des entreprises. Mais si elle est plus élaborée que la précédente, cette version du « ruissellement » est tout aussi naïve. Elle repose sur une vision idyllique d’une économie qui n’existe plus, où l’épargne et l’investissement constituent les deux faces d’une même réalité. Seulement voilà , l’économie façonnée depuis cinq décennies est bien plus complexe. Derrière les termes d’épargne et d’investissement, on trouve des réalités très diverses et l’explosion de la dette privée a conduit à changer la donne.
Ainsi, lorsqu’on baisse les impôts d’un ménage fortuné qui n’a pas usage des fonds ainsi libérés, qu’en fait-il aujourd’hui ? Il le place principalement sur les marchés financiers. La raison en est simple : ces derniers sont des espaces en vase clos qui offrent des rendements nettement supérieurs à ceux de l’économie réelle en présentant des garanties supérieures.
Si le risque n’y est évidemment pas absent, il est compensé par deux éléments : un rendement fort et largement garanti par les nouveaux produits financiers basés sur des algorithmes ou des fonds indiciels, mais aussi le soutien des banques centrales qui, par le quantitative easing, autrement dit par le rachat de titres sur les marchés, assurent la liquidité du système. Le résultat est visible aujourd’hui : les indices boursiers sont totalement déconnectés de l’économie réelle. Si l’on compare l’évolution sur dix ans du S&P 500, l’indice des 500 plus grandes capitalisations de Wall Street, et celle du PIB étasunien, on constate une hausse deux fois plus importante pour l’indice boursier. Cet écart montre aussi que la finance n’est plus un simple canal de financement de l’économie, c’est un secteur autonome où se concentre la création monétaire. Et cette création est principalement à l’avantage des riches qui, proportionnellement, ont un patrimoine d’abord financier.